Objectif terre(s)

20mm

Je ne sais pas si c’est le retour du soleil ou la repousse frénétique des ronces, mais j’ai en ce moment des envies dépensières fort incongrues. Enfin – pas tant que ça, si l’on considère que les beaux jours sont devant nous, qu’il va falloir les immortaliser (c’est un ordre) et que le premier voyage depuis la bagatelle de 4 ou 5 années approche enfin.

J’ai passé l’hiver sur mon tas de monnaie de singe, et je sème ma picaille en plein vent, avec des gestes larges et une expression concentrée. J’ai l’impression de m’équiper pour un tour du monde, alors que nous n’allons traverser que la Manche.

Du coup mon vieux compagnon a reçu un nouveau cadeau : un objectif grand angle. Pas un L, non, quand même – Canon n’accepte toujours pas la monnaie de singe. Mais un petit 20 mm 2.8 du plus bel effet, que je me suis empressée d’aller tester sur le jardin. Et les poilus.

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J-15 !

Grandir

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Les bestioles font toujours grandir. Un chat, un lapin ou même un poisson rouge ; une responsabilité, évidente, se dessine quand on veut faire les choses correctement. Mais l’animal qui me fait le plus grandir, comprendre, évoluer, qui me bouscule et me rassure, remet constamment mon autorité en cause et les choses en perspectives, qui donne plus que je ne pourrais espérer, c’est cet animal aux yeux doux, au comportement immature et aux quatre sabots dévastateurs.

Qui ne laisse rien passer, qui pardonne volontiers ; qui grandit aussi, à petits pas comptés.

Son histoire n’a rien d’extraordinaire, mais elle se laisse raconter pour qui aime me faire plaisir. Il y a peu, finalement, de gens avec qui je peux partager cette pointe de fierté de cavalier, alors permettez-moi de prendre un peu de votre temps de lecture.

Celui-ci est arrivé chez moi rond comme un tonneau, gras comme un cochon, avec de maigres cannes comme un adolescent grincheux. Emporté, capricieux, et mâchouilleur ; trop bien traité, sans doute. Le premier jour il a mangé tout son champ ; le second, il m’a arraché la longe des mains et est parti visiter la vallée sans nous, au petit trot tranquille. Il a reçu tous les compliments du monde en balade, a fait le fier devant les autres équidés, et flippé de façon tout à fait ridicule devant des chèvres ou des moutons ; il m’a viré, aussi, souvent. Par jeu, en carrière ; par trouille, à l’extérieur, une fois seulement. Il ne sait pas galoper sur demande, il est impatient, il a appris comment se détacher ou casser un mousqueton. Il est insupportablement attachant, et trop loin d’être stupide pour lui en vouloir. Et c’est à peu près le seul à pouvoir me mettre au tapis aussi régulièrement, et toujours de la même façon.

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Regardez-moi cette tête de con. Irrésistible.

On apprend en marchant, en se reposant l’un sur l’autre. Il mâchouille encore un peu, mais sans grande conviction. Il parait que c’était un têtu, à la bouche insensible ; il n’a jamais eu la bouche dure avec moi, je le guide au petit doigt – sauf quand le galop l’emporte dans une montée et que, dieu seul sait pourquoi, il décide de jouer au kangourou sur un talus. On se supporte, on s’accorde ; on s’aime bien, finalement. J’ai du mal à cacher mon sourire tant ses bêtises m’amusent.

J’ai douté des semaines et des mois, persuadée d’avoir fait une bêtise. Et puis doucement, au rythme de ses minuscules pas, on a finit par se comprendre un peu mieux. Alors de l’aide, de la patience, des erreurs, des discussions de femme à poney les yeux dans les yeux – ou avec d’autres cavaliers. Au bout d’un an, nous voilà presque accordés.

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Et puis le petit nouveau. Qui s’impose et se dérobe ; ce cheval incroyable, terriblement fin, ce cheval si calme et doux qui n’a peur de rien, sauf des talons, des grosses voix et des gestes brusques. Ce cheval dont il manque un pan de l’histoire, et qui cache beaucoup d’angoisses derrière sa crinière immense. Cet inconnu encore, peut-être boiteux mais aux pieds sûrs, aux paturons si fournis qu’on le déjà surnomme la Méduse. Lui que l’on découvre, qui nous jauge ; ce cheval tellement fermé les premiers jours, qui commence pourtant à laisser éclore un joli brin de caractère.

Ce sont les chevaux qui nous font grandir, les personnalités qui nous portent au sens premier comme au second ; celles qui nous mettent du baume au cœur et des bâtons dans les roues, avec autant de conviction. Et nous font passer des jours extraordinaires, à découvrir des paysages et se gorger de soleil, de printemps et de poussière.